Critiques...
Conçue à l’origine pour une diffusion radiophonique, la pièce de René de Obaldia passe avec succès l’épreuve de la scène.
Reposant uniquement sur les épaules de ses deux comédiennes, Cyrielle Clair et Marie Le Cam, cette divertissante conversation post-mortem prête autant à rire qu’à réfléchir sur le sens de la vie, de la mort… et du reste. Ces deux mortes emportent avec elles leur vieux squelette et leurs petits ou gros tracas, loin de se douter que leur au-delà -un peu trop paisible à leur goût- ne le restera pas bien longtemps.
Si le personnage d’Artémise, la belle noble d’un optimisme à toute épreuve est sans conteste mieux écrit que celui de Babeth le titi parisien, le duo fonctionne à merveille. Alors certes, secouer des squelettes en plastique sur un air de danse macabre n’est pas d’une originalité folle, mais l’énergie dépensée par ces deux très sexy macchabées compense largement ces quelques défauts de mise en scène.
Julie Leroy

Disons-le d’emblée : voilà une pièce à ne pas manquer dans le magma de cette saison théâtrale. De Obaldia est joué au Théâtre des Mathurins jusqu’à la fin décembre : un régal dans lequel Cyrielle Clair en Artémise s’avère, comme d’habitude, délicieuse.
Artémise et Babeth sont voisines de cercueil. Mortes toutes les deux, elles occupent leurs journées à discuter et à regarder passer les trains sur la voie ferrée jouxtant le cimetière, attendant celui qui les emmènera enfin loin de leur état transitoire de squelette, dans le repos et la paix de l’éternité. Artémise est enterrée dans un spacieux cercueil en chêne qui attise la jalousie et la convoitise de Babeth, trop à l’étroit dans le sien en simple sapin. Leurs conversations quotidiennes virent souvent à la confrontation de deux caractères, de deux classes sociales, de deux vies et de deux interrogations métaphysiques radicalement antagoniques.
C’est un peu « En attendant Godot » réécrit par Ionesco…
Artémise, interprétée à merveille par Cyrielle Clair, est une bourgeoise racée, cultivée, sensible et un rien donneuse de leçon. Babeth, énergiquement incarnée par Marie Le Cam, lui oppose les déconvenues de sa vie passée et ses préoccupations plus prosaïques. Les répliques fusent de part et d’autre, tantôt cinglantes, tantôt drôles, tantôt profondes, tantôt légères. Un régal.
La force du texte, signé Obaldia, est d’aborder sur le ton de la comédie légère et grinçante un sujet et une question aussi graves que la mort et l’au-delà. C’est un peu « En attendant Godot » réécrit par Ionesco. La mise en scène de Thomas Le Douarec éclaire parfaitement les nuances de cette partition tout en clair-obscur, en ramenant le grandiloquent au rang de grand guignol et élevant le trivial à un niveau métaphysique.
On rit, mais d’un rire intelligent, d’un rire qui ouvre des abîmes de réflexion une fois le rideau retombé. Servie par deux comédiennes au mieux de leur art, cette « Grasse matinée » est une vraie matinée de la grâce, dans les deux sens du terme.
- Source : Harold Cobert | La critique dans son contexte sur http://www.culturecie.com/ ici

